La Cuisine

Bonjour chers lecteurs, j’espère que vous allez bien. Je sais que j’ai pu vexer quelques-uns en disparaissant pendant des mois mais, vous me connaissez déjà, je reviens toujours. Me voici revenue avec des lignes rédigées sur le thème de la déconstruction. Installez-vous et savourez ces quelques mots !

Durant le processus de passage à l’âge adulte ou parfois même avant, on passe tous par une période trouble faite de questionnements et d’essais de réflexion sur des sujets tant utiles qu’inutiles. Cette période une fois passée ne revient peut-être pas parce qu’à la fin, certains peuvent penser avoir fini d’explorer toutes les possibilités de réponses et d’avoir choisi la réponse. (Chose qui peut bien évidemment être vraie, ou peut-être pas.) Cette étape est donc cruciale pour définir le type de personne que l’on veut être, en posant de bonnes réflexions, basées sur de bonnes données. Il s’agirait de revoir toutes nos valeurs, toutes nos idées et opinions, tous nos principes, d’évaluer leur validité par rapport à soi et par rapport à la personne qu’on veut devenir.

 Ça ne vous semble pas un peu con de voir une personne ne boire du vin que dans des flutes parce que selon lui ça a toujours été comme ça, non pas parce que d’un point de vue esthétique ça passe mieux et que ça facilite l’appréciation de la texture de ce vin ? Pour moi, c’est assez con ; surtout que la plupart du temps, ce sont ces personnes les plus acharnées et les plus disposées à critiquer ceux qui n’agissent pas comme eux.

Cette phase est très importante si l’on tient à bien sculpter notre future personnalité ; et parce qu’elle est importante, il faudrait se donner l’occasion d’en avoir plusieurs. L’idéal serait de se laisser ouvert à la possibilité de faire évoluer ses opinions et ainsi d’être dans une optique de mise à jour perpétuelle. (En n’oubliant pas l’idéal qu’on veut atteindre)

Prendre la peine de refaire son éducation à sa propre sauce donne plus de contrôle sur ses choix et éloigne les regrets puisqu’à chaque fois la décision a été prise après mûre réflexion. Cela donne plus de cohérence aux actes et donc plus de paix au quotidien. Ça fait également gagner en maturité dans la mesure où l’on n’accuse pas son éducation, sa culture ou autre pour les bêtises qu’on décide de faire.

C’est là ce que j’appelle être ouvert d’esprit et faire des déconstructions. J’en profite pour vous parler de celle que je viens de faire. Je m’apprête à vous parler de mon rapport à la cuisine.

J’ai 22 ans, je suis une fille (c’est important de préciser sinon on n’en serait pas à réfléchir et à finir par écrire un article dessus), et je n’aime pas la cuisine. (Ceux qui sont scandalisés peuvent quitter l’article dès à présent, je ne veux pas l’amertume dans les commentaires). Que ce soit le lieu, ou l’action de cuisiner, ma phrase reste valable. La cuisine (le lieu) et tout ce qu’on y fait m’exaspère au plus haut point. Je ne compte plus le nombre de fois où on m’a jugé de manière négative et très peu constructive en me rappelant qu’en tant que femme, il était insensé que je fasse ce genre de déclaration. Je ne compte plus le nombre de tatas qui m’ont traité de paresseuse en pointant du doigt les autres filles du même âge qui savaient cuisiner comme de véritables cordons bleus ; et celles qui sont allées jusqu’à discuter avec ma mère en se rendant compte que j’évitais à chaque fois de me mettre dans des situations où je serais appelée à cuisiner.

Il y a quelques jours, pendant que j’achetais de quoi faire un repas super rapide, un monsieur qui ne me connaissait pas et à qui je n’avais rien demandé m’a fait cette réflexion : « On n’aime pas cuisiner hein! … » à quoi j’ai répondu « Oui, plus c’est rapide mieux c’est ». Il a alors dit : « Je ne vous juge pas mais, je ne conçois pas de me mettre avec une femme qui ne cuisine pas ou qui n’aime pas le faire. »

Si on pouvait négliger toutes les allusions de cette phrase, négliger le fait qu’il m’ait jugé (il ne le voulait pas) et se concentrer sur le fait que je suis obligée de cuisiner, et d’aimer le faire en plus, ça me ferait vraiment plaisir.

Ce genre de situation est ce qui m’arrive souvent quand j’exprime mon non-amour pour la cuisine. Heureusement, il y a des personnes plus soucieuses de comprendre plutôt que de juger. Ces personnes, quand je les croise, me demandent la raison de mon non-amour. Négligeons une fois de plus le fait que si j’avais été un garçon, cette question ne se serait jamais pointée. Encore mieux, le fait qu’une situation menant à faire cette déclaration n’aurait jamais eu lieu.

Bref, ce que j’essaye de dire c’est qu’à force d’entendre cette question, j’ai fini par me la poser moi aussi. A toutes ces personnes qui m’ont une fois demandé pourquoi je n’aimais pas la cuisine, la réponse vous attend ci-dessous.

Pendant mon enfance, mes frères et moi avons vu passer à la maison plusieurs tatas qui avaient cette manie d’évaluer les filles à leur capacité à faire de bons plats. Une en particulier le faisait plus que d’autre ; elle comparait tout le temps, jugeait tout le temps, en se basant sur un seul critère suivant les genres. Pour les garçons c’était la capacité physique et pour les filles la cuisine. Je la haïssais du plus profond de mon cœur parce que pour moi il n’était pas important de toujours mesurer et comparer les gens et s’il fallait le faire, ses critères n’étaient pas les seuls, et peut-être pas les bons. Alors, j’ai commencé doucement à détester la cuisine.

Ce n’était pas bien grave jusqu’à ce dimanche où mes parents devaient rentrer de voyage après être allés accompagner mes petits frères chez ma grand-mère. Ma tata (que j’appelais si affectueusement) voulait cuisiner de la banane malaxée. (Pour ceux qui ne savent pas, c’est de la banane non mûre qu’on malaxe dans des arachides grillés/trempés, et écrasés). Il fallait éplucher les bananes avant. Quand je les épluchais, je laissais des traces de couteau sur la banane et des morceaux de bananes sur la peau. Elle n’a pas laissé tranquille une seule fois ; Pour chaque banane mal épluchée j’avais droit à des phrases comme : « Si tu ne sais pas cuisiner personne ne voudra jamais de toi » [Bro, j’ai 11 ans. Je ne sais même pas ce que ça veut dire] ; « savoir cuisiner c’est la beauté de la femme » [Et si je n’ai pas envie d’être belle ?] ; « Ton école que tu fais là, si après ça tu ne sais pas cuisiner, tu ne serviras à rien » [Servir ?  Pourquoi ?] ; « Tu penses que tes enfants vont manger quoi ? » [À ce que je sache, les enfants n’apparaissent pas dans le ventre des femmes donc j’espère qu’on est en train de mettre la même pression à un garçon quelque part. Et en plus, j’ai 11 ans, je ne sais pas pourquoi on me parle d’avoir des enfants]

Penser pendant qu’elle parlait m’aidait beaucoup et finalement elle a mis à cerise sur le gâteau. Elle s’est énervée d’un coup (je pense qu’elle en avait marre de me voir briser des bananes) et est allée appeler la fille d’une voisine pour qu’elle me montre comment s’y prendre. Cette jeune fille de 8 ans avait une maîtrise du maniement du couteau, je vous assure. Jusqu’aujourd’hui je ne sais pas comment elle a fait pour éplucher les bananes en les laissant intactes. L’intention était de m’humilier et ça a marché : je suppose que son approbation devait avoir de l’importance pour moi. Cette histoire revenait encore et encore quand je n’arrivais pas à bien faire quelque chose.

Des histoires comme ça, j’en ai plein et si ça ne semble pas très grave, ça l’était au moment où je les vivais. Aujourd’hui, même si je sais pourquoi je n’aime pas la cuisine, je n’aime toujours pas. Je le prends très mal quand on fait une liaison entre moi et la cuisine, quand on me mesure sur une échelle de cuisine. Mais je ne le montre pas et je ne le reproche pas aux autres parce qu’ils ne savent pas mon vrai ressenti par rapport à la cuisine.

Je pense que là vous comprenez mieux la première partie de mon article sur les déconstructions.

En fait, en relisant l’article de Nafi SB « Ces mots qui tuent » j’ai compris que dans les étapes de déconstructions, repérer les choses à nous dites et à nous faites était la première étape. Dissocier l’initiateur de ces choses des conséquences causées par vos convictions est la suite. J’explique : ma tata est l’initiatrice, ma conviction est que je déteste cuisiner et la conséquence pourrait être que je meure de ne pas avoir mangé puisque je ne veux pas cuisiner. Je ne pourrais pas dire que ma tante m’a tué, ça n’aura aucun sens. Donc je cuisine, même si ça me fait chier, je cuisine pour faire plaisir à ceux que j’aime, je cuisine pour plein de raison mais jamais par plaisir.

Dans son article elle fait mention d’un article de C-Befoune qui lui même parle des blessures qu’on inflige par nos mots; Nafi SB mentionne aussi les blessures que nous pouvons causer aux autres par ces mêmes mots. elle nous rappelle aussi que notre parole doit être la plus impeccable possible. Bref, lisez cet article et vous comprendrez plein de choses qui n’ont pas été dites ici.

Je m’arrête là pour aujourd’hui en espérant que vous avez aimé.

J’espère que vous allez aimer cette nouvelle rubrique sur les déconstructions.

N’hésitez pas à donner vos avis en commentaire et à partager l’article s’il vous a plu ! à la prochaine…

6 commentaires sur “La Cuisine

  1. Coucou chérie toujours satisfaite par le travail que tu fais. I Can actually relate to you ,not that I hate cooking but the fact that I Cook now because of it being a standard to score a person. And there are also words that people Say that hurt. Like you’re useless and even til now i still feel somehow with some people just because of the words they speak to me. WE should learn to need acknowledgement from ourselves only. Thanks for the article I enjoyed it.

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  2. Une fois de plus je suis profondément touché par tes dires. Bien que je ne sois pas une «femme » je me sens tout de même concerné par ce qui s’est dit plus haut. Personnellement je déteste faire la cuisine au même titre que toi. Les raisons de ce fait ne sont peut-être pas les mêmes, mais je suppose que pour certain ce n’est pas du tout grave vu que dans les mentalités c’est à la femme de cuisiner. Je me sens concerné parce qu’ étant un homme qui n’aime pas cuisiner je me repose sur des « gens » pour me faire à manger. Ces gens qui sont pour la plus part des femmes. Inconsciemment j’ai peut-être pensé comme toutes ces personnes qui collent une étiquette de cuisine sur la femme. C’est quelque chose que je qualifie de ‘dépassé’ car aujourd’hui les critères de choix d’un compagnon de vie (s’il ne faut parler que de ce sujet) sont beaucoup plus complexes. La personnalité, le niveau d’éducation, l’intelligence et bien d’autres sont pour moi beaucoup plus importants que le fait d’aimer ou savoir cuisiner. C’est plutôt rabaissant pour la femme.

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  3. La société nous a fait croire que chacun doit entrer dans une case. Et la case principale à laquelle on affecte la femme c’est la cuisine. Chose que je trouve un peu méprisant car il n’est écrit nulle part qu’une «  bonne femme » doit savoir cuisiner ou être un cordon bleu. Moi particulièrement j’aime cuisiner, c’est même l’une de mes passions, mais je ne suis pas née ainsi, c’est une chose parmi tant d’autre que j’ai développé avec le temps, pas parce que je voulais que la société me considère comme une bonne femme, mais parce que j’éprouvais un plaisir PERSONNEL à le faire. C’est pour cette raison que je ne pourrais pas juger une femme qui ne sait pas cuisiner ou même encore faire certains plats. La cuisine n’est pas la seule qualité qu’une femme puisse avoir, ou la valeur qu’elle puisse ajouter à un couple ou un foyer. On devrait cesser de dire que « la place de la femme c’est à la cuisine », cette phrase m’horrifie au plus haut point, je trouve ça tellement sexiste. La place de la femme c’est là où elle veut être, un endroit où elle se sent à l’aise et épanouie. Ne dit on pas que lorsqu’on est épanouie on plus de chance d’être productive ? Que les gens se posent de vraies questions avant de coller des étiquettes à la gente féminine en particulier.
    Merci Liena pour tes propos. Go on🙂.

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