Les Relations Humaines

Qu’est ce que ça coûte ? ça ne fait pas moins de 5 conversations au cours desquelles je pose cette question à mon interlocuteur et ce en moins de 3 jours. Et si c’était ça la solution pour lisser au maximum nos relations avec les autres. Récemment, (je pense que vous l’aurez remarqué) le féminisme n’est plus ma principale ligne éditoriale ; je m’intéresse davantage à mon rapport à moi-même en vous incitant à en faire autant ; et je m’intéresse encore plus aux relations interpersonnelles, aux relations humaines. Ceci constitue l’une des raisons pour lesquelles mon blog et moi avons besoin d’une pause (je vous en dis plus à la fin de l’article). Pour le moment, installez-vous et…Bonne lecture !

Qu’est ce que ça coûte d’être présent, d’être gentil, d’être bienveillant ? qu’est ce que ça coûte de retenir un prénom, une date, une couleur ? qu’est ce que ça coûte de penser 2 fois à nos mots avant de les prononcer ? Qu’est ce que ça coûte de répondre à un message, de rappeler une personne qui a essayé de nous joindre ? qu’est ce que ça coûte de s’en souvenir ? qu’est ce que ça coûte de s’excuser ? qu’est ce que ça coûte de regarder un film qu’on n’aime pas ?

Ce ne sont pas des questions rhétoriques. En fait, quand une chose nous plaît, nous arrange, nous convient, nous apporte, on n’hésite pas et on se lance. Aucune question ne se pose, c’est validé d’office. Manger par exemple, c’est le truc le plus facile, naturel même à la limite ; donc, à moins de manquer de quoi manger, on ne se pose généralement pas la question, on se met juste à manger. Mais quand une chose ne nous plaît pas, ne nous arrange pas, ou ne nous apporte tout simplement pas, on tend à ne pas la faire. Et souvent, ce qu’on se demande pour se convaincre de la faire (si on y tient malgré tout) c’est « Qu’est-ce que j’y gagne ? »

Quand la réponse à cette question est « Rien », le débat est vite clos. Mais, en ajoutant quelques questions à l’algorithme de décision, dans le cas d’une situation qui implique d’autres personnes que vous, le résultat est souvent meilleur.

Les relations humaines sont beaucoup trop complexes et les paramètres dont il faut tenir compte n’en finissent pas. Je parlais dans un précédent article, d’un filtre qui embellissait ou enlaidissait notre réalité, selon que l’on soit pessimiste, optimiste ou réaliste. Mais ce n’est pas le seul type de filtre. On en a tellement, à chaque niveau d’acquisition, de compréhension, de restitution de l’information, et dans tellement de contextes que, rien que d’y penser j’ai le tournis.

Récemment j’ai entendu parler du SAR (Système d’activation réticulaire), un filtre dans notre cerveau qui sélectionne pour nous les informations importantes ; Quand tu décides par exemple de t’acheter une voiture d’une certaine marque et que tu commences à la voir partout, c’est le SAR. Quand tu as un crush et que tu commences à voir son prénom partout, c’est le SAR. Quand tu t’intéresses à un sujet et que tu te mets à avoir l’impression que tout le monde autour en parle, c’est le SAR. C’est parce que tu as dit à ton SAR qu’un truc était important pour toi qu’il commence à le ressortir d’à peu près tout.

En discutant avec une amie aujourd’hui, j’ai énormément rigolé parce que j’avais toutes les informations pour comprendre un concept, mais je ne l’avais pas compris tout simplement parce que « je ne voulais pas ». Et il s’agit là d’un autre filtre. Pour résumer, [… en fait je vais détailler] Dans l’œil, on a des cônes et des bâtonnets. Les cônes permettant de voir quand il y a suffisamment de lumière et les bâtonnets quand il n’y en a pas assez. Il existe 3 familles de cônes, chacune sensible à une des couleurs que sont : le vert, le bleu et le rouge. Tout ça, je le savais. Le problème c’est que pendant mon cours d’initiation à la photographie scientifique, j’ai eu un bug quand le prof a dit : « L’œil ne voit que les trois couleurs principales (Vert, bleu et rouge), c’est le cerveau qui fait les opérations d’addition et nous fait voir les autres nuances de couleurs. » C’est très logique ! Il ne pourrait en être autrement ! Mais, JE NE VOULAIS PAS ! Parce que, moi le nombril du monde, moi, moi le centre de l’univers, je ne pouvais pas accepter que mon propre cerveau puisse modifier une information avant de me la rendre, parce que ça sonnait comme une trahison à l’intérieur de moi. L’égo est un filtre puissant !

Je n’arrête pas de parler de filtre sans pour autant avoir dit ce que j’entendais par là. Le filtre est un dispositif de tri, que ce soit pour un signal, une substance ou une information. Dans mon discours, j’y fais référence dans un sens puis global qui inclut aussi la définition suivante : dispositif qui modifie l’aspect d’une image.

Restons sur les couleurs ! Si certaines études ont montré que les femmes voyaient plus de nuances de couleurs que les hommes, je pense que chacun pourrait avoir sa propre palette avec ses nuances personnalisées de couleurs. Ce qu’on désigne tous comme « bleu » pourrait en fait être « rose » pour moi ou « jaune » pour vous si on regardait tous à travers les mêmes yeux et qu’on interprétait avec le même cerveau. Mais, si ce que j’ai toujours perçu comme « rose » et vous comme « jaune » a toujours été étiqueté « bleu », il n’y a pas de raison que je l’appelle « rose » et que vous l’appeliez « jaune ».

La réflexion aussi est un filtre. Le chemin de pensées qu’on fait suivre à une information va plus ou moins la modifier : on a des croyances, des convictions ; on fait des suppositions et des généralisations ; on a des prédispositions, on a des blocages. Tout ceci fait l’individualité de chacun d’entre nous. Et même si pour la même information, on pourrait avoir la même perception, le chemin de traitement de celle-ci pourrait quand même nous mettre en désaccord.

Mon ami a dit que certains prennent la décision de réfléchir, d’autres prennent la décision de ne pas réfléchir. Je dis : « Mieux d’eux ! », parce qu’il y a ceux qui constatent qu’ils sont déjà en train de réfléchir et, ceux qui, je ne sais même pas comment le formuler, ne prennent pas la décision de ne pas réfléchir. Si on y réfléchit bien, la décision et la non-décision de réfléchir ou non, sont aussi des filtres qui vont soit bloquer l’information, soit la laisser entrer et par la suite la transformer.

Nos vies sont alors bondées de filtres. Entre le puissant égo, l’unique personnalité, l’humeur fluctuante et le cerveau très indépendant, le chemin entre la réalité et notre perception de celle-ci est très tortueux. Vous comprenez alors qu’avec tout ça, on ne pourrait jamais vraiment comprendre autrui à moins de prendre possession de son corps, d’avoir accès à ses pensées et de vivre ses expériences.

Mais, qu’est ce que ça coûte d’essayer ? Du temps, de l’énergie peut-être. Est-ce qu’on en a suffisamment pour en utiliser une partie ? est ce qu’on veut utiliser cette part de nos ressources ?

Ce sont là les questions qui, selon moi sont à ajouter dans l’algorithme de décision quand on est dans l’incompréhension de l’autre, quand il y a un conflit. Parce qu’on ne peut pas vraiment comprendre une personne à laquelle on tient pourtant, ce serait peut-être bien de faire un pas compréhensif dans sa direction. Comme on ne peut être sûr de ce que comprendra l’autre d’une situation donnée, on peut fournir un effort d’accommodation dans la mesure du possible.

Soit un duo d’amis : Lala et Lulu. Lala aime les anniversaires, il aime son anniversaire. Il évalue la quantité d’amour qu’on lui porte au fait de se souvenir de sa date d’anniversaire et à la valeur (strictement financière) du cadeau qu’il reçoit. Lulu n’en a rien à faire de tout ça ; vous êtes amis et ça s’arrête là. Ils s’aiment sincèrement. Et comme le plus haut niveau d’amour c’est « aimer comme on s’aime soi », on a tendance à raisonner dans ce cas-là, par identification. [Je me suis d’ailleurs rendu compte que je passais ma vie à offrir les livres aux gens.] Quelle erreur ! Qu’est ce qui va se passer dans cette amitié ? Lala va se réveiller de plus en plus tôt pour souhaiter « HBD » à Lulu, lui offrant des cadeaux de plus en plus chers. A travers les filtres de Lulu, tout ça sera nul et sans effet. Elle sera certes émue et reconnaissante mais ça ne va en rien amplifier son attachement à Lala. Lulu oubliera l’anniversaire de Lala, lui offrira des cadeaux avec des jours de retard et parfois, oubliera de lui en faire.

Ils vont tous les 2 remarquer l’altération de la relation. La première question qu’on pourrait poser à chacun d’eux c’est : « Qu’est-ce que ça coûte de demander à l’autre ce qui ne va pas ?

Ça peut ne rien coûter, comme ça peut coûter très cher. Ça peut coûter du temps, de l’énergie, de l’égo, …ne me demandez pas comment, on perçoit le monde différemment.

Qu’est ce que ça coûterait à Lulu de retenir la date d’anniversaire de Lala et de lui offrir un cadeau ? de la volonté, de l’espace mémoire, de l’argent, du temps, je ne sais pas.

Dans tous les cas, me demander ce que me coûtait une action ou une décision me coûtait et ensuite si j’étais prête à payer le prix m’a beaucoup aidé, tant dans ma relation intra-personnelle que dans mes relations interpersonnelles ; je voulais partager ça avec vous.

Attention ! l’Homme est fondamentalement égoïste ! Vous comprendrez alors que quelqu’un qui comprend que vous êtes disposé à le comprendre sera tenté de jouer de ça. Cèdera-t-il à la tentation ? On le saura dans le prochain épisode.

Pour une raison qui me dépasse encore, je n’arrive plus à organiser et à synthétiser mes idées comme je le voudrais. Je pense que le fait d’essayer de mettre à jour beaucoup de choses en même temps y est pour beaucoup. De plus, il y a comme une dissonance entre ce que je deviens et les articles déjà publiés sur cette page. Mes nouveaux sujets de réflexion et ma façon de les aborder semblent trop différents de ce que j’ai fait jusque-là. Je vais prendre une loooongue pause.

Les articles déjà publiés resteront disponibles sur ma page. J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire jusque là et c’est grâce à vous, merci !

N’hésitez pas à donner vos avis en commentaire et à partager l’article s’il vous a plu ! à la prochaine…


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3 commentaires sur “Les Relations Humaines

  1. toujours assez émouvants et constructifs tes articles.
    qu’est-ce que ça coute de faire ci faire ça, et mais ça coute de l’intelligence, ça coute de la sagesse, ça coute de tuer l’égo, ça coute du temps voire de l’argent!! et tous on n’a pas.

    j’aime bien le SAR, c’est mon nouveau mot.

    sinon la partie de ton ami sur le décision ou la non décision de réfléchir ou pas là me retient ici,
    son filtre là doit être puissant, on dirait de la philosophie, mais pour elle la vie est un choix et qu’on le veule ou pas , on choisit.

    si on comprends bien, les esprits qui entrent souvent dans les gens là finissent par les comprendre ? (malheureusement ils n’ont pas les mêmes objectifs).

    sinon, le commun des mortel sait que la vie est dure, je pense qu’elle est plus dure qu’on ne le pense car chercher à comprendre les uns et les autres est plus qu’une école or on est appelé à vivre ensemble.

    voilà le cas de LULU et LALA, qu’en sera t’il si l’on ajoutait LOLO et LILI quand on sait que les choix , les envies et les gouts seront bien différents voire divergents.

    Façon il faudra seulement refaire la terre mais comment???

    merci pour tons discours qui pousse à réfléchir et vraiment, “mieux de ceux-là qui décident ,ou se trouvent entrain, de ne pas réfléchir”…

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  2. C’est vrai que quand quelque chose ne nous rapporte rien, ne vaut rien on a tendance à le botter en touche mais est ce que tout devrait se résumer à un coût ? Quand on n’y a pas un intérêt on botte tout en touche. Oui l’Homme est un être essentiellement égoïste son bien être avant tout. Les relations humaines, les mariages et tant d’autres choses sont basés sur le coût (matériel ou immatériel)…

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  3. Merci d’avoir partagé ton ressenti dans cet article. Article aussi riche et profond que les autres. Nous espérons te relire très bientôt.

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