MON BEAU MARIAGE : (2) Où tout a commencé

Après quinze minutes, j’ai finalement trouvé un taxi qui voulait bien me laisser à l’école publique de Deïdo et de là, j’ai pris une moto pour mon quartier Bonamoussadi. Je suis ensuite allée à ma résidence qui est à 3 minutes de l’Hôtel St James où la moto m’avait laissé.

Il était 16h03 sur le pendule de la salle à manger quand je suis entrée : j’avais mis beaucoup plus de temps que prévu chez ma psychologue. C’était un peu normal, depuis un mois déjà que je me rendais à son cabinet 2 fois par semaine, je prenais toujours le soin d’esquiver le sujet principal, la raison de ma dépression. Je contournais délicatement le sujet, je ne racontais que des petits morceaux de ma vie actuelle pourtant sachant très bien que mon problème venait de beaucoup plus loin.

Pendant que je rêvassais, je n’avais même pas remarqué que mon petit garçon Josh de 7 ans était en train de me parler. Il disait quelque chose à propos de sa sœur qui ne voulait plus lui parler… je crois. Puis il m’a fait une petite tapette sur le pied et est reparti, tout énervé.

– Viens bébé, ne te fâche pas ! Je t’écoutais.

– Je disais quoi alors ? Dit-il avec un petit sourire enthousiaste.

– Euhh… Tu disais que Dahlia ne te parlait plus parce que…

– Tu vois ? Tu es toujours comme çà. On te parle et toi tu regardes droit devant comme si tu ne vois et n’entends rien. Moi je pars dormir.

C’était vrai, mes absences étaient de plus en plus longues et de plus en plus répétées. Je me perdais beaucoup plus facilement et régulièrement dans mes pensées. Et, voilà que je m’y perdais encore. Je me suis accroupie et je l’ai saisi par le bras pour le serrer dans les miens. Il respirait si fort et si vite, il était en colère.

– Ne te mets pas en colère contre moi bébé, tu sais que j’ai l’habitude de beaucoup réfléchir : c’est dans ma nature. Mais je vais faire un effort. D’accord ?

– Oui mama. Vas alors dire à Dahlia que je ne vais plus la déranger, qu’elle recommence à me parler. S’il te plaît.

Il ressemblait de plus en plus à son père et ça me faisait culpabiliser. Il avait la même posture, la même gestuelle, et la même passion pour déranger les filles que l’homme que j’avais épousé et que j’avais fini par détester au point de l’assassiner sans presqu’aucune trace de remords. Ah, s’il savait… S’il savait que j’avais éliminé son père dès ses trois ans, il ne m’aimerait certainement pas autant.

En pensant cela, je ne m’étais pas aperçue qu’une larme avait commencé à couler de mon œil droit. Et là, mon fils a crié « Mamaaaaa, tu pleures encore ! Mama c’est quoi ? J’ai dit quoi ?» J’ai tout de suite essuyé cette larme et j’ai crié : «Dahliaaa, viens parler avec ton frère s’il te plaît »

– [Criant] Nooo, il ne fait que répéter ce que je dis depuis le matin. Moi ça m’énerve.

– Et quand il fait ça, ça te fait mal où ? Passe ici ! Je dois aller me laver.

– [Venant dans la salle à manger et boudant]Mama, tu supportes trop Josh.

Elle c’était mon cœur, ma vie, mon tout ; elle était la fille de celui que j’avais toujours aimé et elle lui ressemblait énormément. Son teint, sa taille, ses cheveux, ses yeux, etc… Elle se croyait orpheline, parce qu’ayant pleuré la mort d’un père (qui n’était pas le sien). Son père à elle était pourtant bien vivant et je l’aimais toujours autant. D’ailleurs même, il fallait que j’essaye à nouveau de le joindre.

– [En chuchotant] C’est le petit frère, il faut de temps en temps céder à ses caprices sinon il risquerait de se refermer sur lui-même pensant qu’on ne l’aime pas.

– Okay mama, après je viens dans ta chambre prendre le jus ? Murmura-t-elle en souriant.

– Je finis de me laver je t’appelle.

Je suis allée dans ma chambre et après une bonne douche froide, j’ai essayé d’appeler Ralph, et toujours rien : il me détestait toujours. J’ai éclaté en sanglots. J’ai pleuré avec tellement de force que j’en avais des spasmes à l’abdomen puis, je me suis endormie sous l’effet d’un puissant mal de tête.

Je me suis réveillée ce Samedi matin avec une sensation de gueule-de-bois. Je me suis rapidement brossée et je suis allée voir les enfants : ils s’étaient endormis au salon. « Ohh… Je ne prends pas suffisamment soins de ces enfants.» je suis allée faire un bon petit déjeuner, tout ce qu’il y a de plus bon : lait, omelettes, sardines, pain et fruits. On a partagé un moment formidable, puis je me suis préparée et j’ai quitté la maison vers 09h pour me rendre rapidement au cabinet de madame Tankeu.

J’y suis arrivée à temps pour ma séance, un patient venait de quitter la salle et c’était à moi d’y aller.

– Bonjour madame Tankeu.

– Bonjour madame Tchana. Comment allez-vous ce matin ?

– Je vais plutôt bien. Hier j’ai encore eu des absences, mais rien de grave j’ai su revenir à moi très rapidement.

– C’est très bien. Mais vous savez tout de même que la meilleure des choses serait de comprendre l’origine de votre problème, n’est-ce pas ?

– Bien sûr.

– Alors, reprenons où nous nous sommes arrêtées.

– J’étais à quel niveau déjà ? Je ne me souviens plus très bien.

– Vous me racontiez votre rencontre au ministère.

– Ah oui… Après notre longue discussion sur le banc, nous sommes retournés dans le bureau pour prendre nos documents déjà légalisés et après ça nous avons échangés nos numéros de téléphone : c’était le début d’une relation qui devait durer.

– Vous avez donc commencé à vous voir régulièrement !?

– Non, c’est au bout de 4mois que nous nous sommes revus. J’aimais beaucoup le temps des messages longs et parfois dénués de sens réel, mais qui restaient romantiques ; le temps des longs appels à se parler de tout et de rien. Vous savez, la meilleure partie d’une relation c’est le flirt. Après ça, chaque partenaire ayant pris de la confiance, la relation perd un peu de sa passion. A chaque fois qu’il m’invitait je repoussais l’échéance créant à chaque fois de nouvelles excuses.

– Il ne s’est jamais lassé ? demanda la psychologue sur un ton surpris.

– Non, jamais. Bon, oui des fois je sentais qu’il voulait lâcher prise : il ne m’écrivait plus régulièrement et s’empressait de raccrocher une fois que je lui avais donné une de mes excuses inventées.

– Et qu’est-ce que vous faisiez ?

– Je sortais le grand jeu : vous savez, la voix basse et suave pour saisir son attention, les mots bien conçus et bien placés pour flatter son égo, des expressions que je lui avais volées pour lui montrer qu’il avait de l’influence sur moi et pour finir des photos « ordinaires » mais qui laissaient tout de même voir que j’étais bien en forme si vous voyez ce que je veux dire. Après çà je le remettais dans ma poche pour les 3 prochaines semaines à venir. On vivait une belle histoire d’amour, moi en tout cas je la vivais.

– Vous ne pensiez pas à l’avenir et au fait que vous étiez appelée à partir ?

– Le problème avait très vite été résolu. Normalement, le choix aurait été fait d’avance, j’aurais su depuis le début que le moment venu j’aurais dû l’abandonner et je m’y serais faite. Sauf que pour le coup je voulais le beurre et l’argent du beurre. Au cours d’une conversation, il m’avait fait savoir qu’il venait également d’avoir une licence en Télécommunications et qu’il s’apprêtait à aller en France. J’ai commencé dès ce moment à le convaincre des bienfaits de la Suisse, des avantages qu’il aurait à y étudier. J’avais fini par le pousser à engager en parallèle, une procédure de voyage pour la Suisse. Et, à l’issu de notre première rencontre, il avait abandonné la procédure relative à la France bien qu’ayant reçu une admission. J’avais certainement dû employer des méthodes adaptées.

– Est-ce que vous vous rendez compte de ce que vous avez fait ? vous l’avez poussé à changer ses projets.

– Non je l’ai juste convaincu de faire lui-même le bon choix.

– Bon pour qui d’après vous ?

– Bon pour nous…

– Je dois vous avouer que je perçois les choses très différemment. Pour le moment, avancez avec l’histoire.

– Quelques mois plus tard nous étions en route pour la Suisse. Nous allions aménager dans la même ville vu qu’on avait été acceptés par la même université. Mes parents ne savaient pas que j’étais déjà une femme mariée [rires]. Ils ne se doutaient pas que je m’en allais vivre une vie de couple [rires]. Dans les débuts on n’avait pas beaucoup de temps pour nous, il fallait finaliser les procédures et nous installer dans nos chambres respectives. On ne s’appelait que tard dans la nuit pour se dire des mots doux et se dire « Bonne nuit ». Apres ce mois de chasteté, nous nous sommes revus chez moi.

– Pourquoi pas chez lui ?

– Je ne sais pas vraiment, je n’avais juste pas envie de me déplacer.

– Vous savez très bien ce que vous faites madame Tchana.

– J’avais l’impression de le redécouvrir et tous mes sens étaient en éveil : je le voyais, je le sentais, le ressentais, je l’entendais et je le goûtais à nouveau.

Des larmes de joie avaient commencé à couler sur mes joues, des larmes de joie qui s’étaient très vite transformées en larmes de peine: j’étais devenue beaucoup trop sensible depuis ma dernière crise de dépression. Moi-même je ne me supportais plus. Tandis que j’essayais de sécher mes larmes et de me ressaisir pour continuer de parler normalement, sans cette voix de grippée, madame Tankeu me dit : « Prenez votre temps, lâchez prise et pleurez, je peux vous aider à aller mieux mais pour ça vous allez devoir tout me dire. Et si cette thérapie doit passer par des pleurs, on suivra le processus ». Ces paroles n’avaient fait qu’empirer la situation et désormais je pleurais vraiment ; les sanglots étaient séparés par des soupirs et des tentatives d’arrêt respiratoire. Je ne pouvais plus m’arrêter et je commençais à poser des questions en manquant presque de m’étouffer tant j’avais à dire : Pourquoi m’a-t-il quitté ? À quel moment a-t-il cessé de m’aimer ? Et notre fils qu’il m’interdit de voir, et notre fille qu’il menace de prendre, à quel moment ai-je dérapé ? Je l’ai donc si mal aimé ?

Puis, d’un seul coup, sans vraiment savoir comment ni pourquoi, je me suis arrêtée net.

– J’aurai besoin d’air !

– Vous pouvez sortir. Prenez le temps qu’il vous faudra.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.