MON BEAU MARIAGE : (1) La rencontre

– Donc… Vous disiez ?

– Hum [petite toux pour revenir au sujet]… Désolée. J’ouvre les yeux et qu’est-ce que je vois ? Mon cher et tendre époux, couché, inconscient, couvert de sang et je l’espère mort. Enfin !!! Peut-être a-t-il réussi à m’infliger un coup avant de s’écrouler suite à mon coup de couteau dans le bas de son dos ? Je ne sais pas. Mais ce n’était pas le plus important. Je devais m’assurer avant tout qu’il était bel et bien mort. Je répétais son nom « Craig, Craig, Craiiiiiig, Craig mon chéri…. » Rien. Il ne répondait pas ; c’était déjà pas mal. Je priais fortement pour qu’il soit vraiment mort, parce que sinon je risquais ne pas savoir quoi lui raconter pour justifier mon acte. Je me disais tout ceci en passant délicatement mon index et mon majeur sur son cou en cherchant tout en espérant de ne pas trouver, son pouls. Ouf ! Donc, il ne répondait pas, ne respirait pas et n’avait pas de pouls : il était forcément mort. Il ne me restait plus qu’à nettoyer tout le désordre qu’il avait mis en se battant contre moi. Le salaud ! Toujours aussi désordonné, même mort! Tsuipsss… Ne me regardez pas comme ça !

– Pardon, mais il s’agit tout de même de votre mari !

– Ex-mari ou feu-mari si vous préférez.

– Il s’agit en effet d’une personne morte et vous en parlez comme si…

– Pensez ce que vous voulez, moi je m’en fous com-plè-te-ment. Vous n’étiez pas là, vous ne savez pas ce qu’il était sur le point de me faire.

– Justement, c’est ce que je voudrais que vous me racontiez.

– Vous voulez tout savoir ?

– Oui, tout.

– Ok. Tout a commencé quand on a dû inventer toute cette histoire de mariage…

– Vous dites inventer ?

– Oui, inventer. [Long silence] Tout compte fait, c’est mieux que je remonte encore plus loin. Je disais donc, tout a commencé quand j’avais 20 ans. Ça va être très long.

– Vous me payez en partie pour vous écouter. Alors, allez-y !

– A 20 ans, j’étais la personne qui avait le plus de chance réussir dans la vie : j’étais jeune, belle, intelligente, plus ou moins riche, en tout cas j’avais les sponsors ; je venais d’obtenir ma licence en ingénierie mécanique étant majore de ma promotion à l’université de Yaoundé I; j’étais appréciée par ma famille parce que je représentais l’archétype de la fille parfaite. J’étais celle qu’on avait jamais vu traîner par ci ou par là avec des garçons, je réussissais tout, je validais tout. A l’école, ce n’était pas tout à fait pareil, pour ne pas dire totalement différent. Pour mes camarades, j’étais l’incarnation de la « fille-école ». Celle qui était toujours ponctuelle, assidue, celle qui comprenait tout en tous, celle qui ne sortait pas, ne causait pas,… On connaît le cliché. Ce qu’il faut retenir c’est que j’étais ambitieuse, vraiment très ambitieuse. Je rêvais de voyages, de découvertes, de rencontres donc, j’avais convaincu ma famille de m’envoyer en Suisse pour me perfectionner et devenir par la suite la meilleure ingénieure mécatronicienne de l’Afrique toute entière. Ça c’est ce que je leur avais dit, vous comprendrez plus tard.

– Je pense que vous vous étalez un peu trop sur de légers détails.

– Non, du tout. Ecoutez-moi bien, vous allez comprendre.

– [petit geste des mains comme pour dire voyons voir] Allez-y !

– En gros, I was « the perfect girl ». Je savais très bien ce que j’incarnais et je m’en servais énormément. La procédure de voyage était lancée, et j’avais commencé à rassembler mes documents, allant de bureau administratif en bureau administratif. Un jeudi matin, je suis sortie pour aller au ministère de l’éducation de base situé dans le quartier Melen de Yaoundé dans le but de faire authentifier mon diplôme de baccalauréat. Je n’oublierais jamais ce jeudi 09H15 parce que ce jour-là, j’ai été piquée, vraiment. Je venais de faire timbrer une copie de mon diplôme à la poste centrale et je me dirigeais vers le ministère. Au moment où j’ai commencé à longer le Hilton, j’ai remarqué qu’il y avait un garçon devant moi qui allait dans la même direction : il était normal, il avait une démarche normale et une posture normale, il n’avait rien de particulier mais son aura m’a tout de suite frappé. Je voulais tout de suite aller lui parler mais, je ne me sentais pas à l’aise à l’idée et j’ai choisie d’utiliser une technique pas tout à fait d’approche : en gros, j’accélérais le pas de sorte à m’approcher suffisamment de lui pour qu’il ait envie de se retourner pour voir qui était-ce, mais pas assez pour qu’il se sente traqué. Apres 2 minutes d’alternance entre des pas accélérés et des pas lents, il s’est finalement retourné. MON DIEU, il était trop beau. Ce n’était pas une beauté à en faire craquer toutes les filles, une beauté à la Will Smith, non, c’était une beauté particulière, une à la Lance Gross. Il était d’un noir si foncé et si brillant parce qu’ayant la peau parfaitement lisse ; cette dernière était sans aucun contraste, si bien qu’on avait l’impression de ne pas distinguer les traits de son visage. Pendant que j’essayais de sortir de la spirale de contemplation dans laquelle j’étais entrée sans même m’en rendre compte, il a souri et m’a dit un bonjour si doux et si léger que j’ai eu l’impression de m’envoler avec pendant un bref instant. J’étais comme bloquée, mes pieds ne supportaient plus mon poids et mes bras semblaient trembler ; j’avais de la peine à me contenir et à me contrôler mais, heureusement un taxi passant par-là a klaxonné pour appeler à entrer un client tout près et j’étais enfin libérée-délivrée.

– C’était donc le coup de foudre !?

– Non, lui il est venu après. Et je vous assure que je l’ai senti passer. J’ai finalement répondu et je n’ai même pas reconnu ma voix, le trac était encore là. Il avait senti que j’essayais de me rapprocher de lui, je le sentais. Il m’a demandé où j’allais et par la suite j’ai découvert qu’on se rendait au même endroit ; nous avons commencé à discuter calmement en avançant lentement : la vérité c’est que je voulais que ce moment dure et donc je ralentissais mes pas et lui, il suivait le rythme. Une fois arrivés, nous avons reçu des numéros consécutifs, normalement, puisque nous étions arrivés ensemble. Nous avons dû monter ensemble pour aller dans le même bureau, et, comme la chevalerie l’exige, il était entré après moi et se trouvait donc juste derrière moi dans le rang devant la porte du bureau d’authentification. Je sentais son souffle passer au-dessus de ma tête, je sentais la première et la dernière de couverture du dossier qu’il tenait se frotter entre elle et j’avais presque l’impression que son cœur allait sortir de sa cage thoracique : il était super stressé et moi j’aimais ça. J’ai donc fais un truc que normalement je n’aurais jamais fait : je lui ai demandé son nom et lorsqu’il a répondu « Ralph », j’ai fait semblant de ne pas entendre et je me suis rapprochée de lui au point de m’adosser sur son torse ; j’ai immédiatement simulé l’effet de surprise et je me suis excusée. Il était effectivement en tachycardie et je n’avais pas arrangé les choses, il tremblait désormais. Puis j’entendis « Suivant » : c’était à moi. Je suis entrée, j’ai remis mon dossier à la dame dans le bureau et elle m’a demandé de repasser vers 13h. Je suis sortie, il est entré à son tour, et moi je suis allée l’attendre sur un banc à la réception. Pourquoi ? je ne sais pas.

– Du coup quand il est sorti…

– Quand il est sorti, il s’est dirigé vers moi, je me suis levée et nous sommes sortis sans mot dire. Arrivée dehors, je lui ai demandé : « D’ici 13h qu’est-ce qu’on peut bien faire ?» il m’a regardé et a dit qu’on pouvait commencer par s’asseoir et faire plus ample connaissance. J’étais d’accord. Nous avons commencé à parler et plus on allait loin dans la conversation, plus il prenait de la confiance, il s’entait bien que j’avais crushé. Tout bêtement, je lui ai demandé : « tu es fiancé avec une fille, tous les deux vous avez entamé les projets de constructions de vos maisons respectives et au moment de vous marier, elle a déjà fini la sienne. Vous allez vivre où après le mariage ? ». Normalement à cette question il y a deux réponses possibles : soit c’est «on loue un appartement en attendant que je finisse de construire la mienne puis on y va », soit c’est « on patiente et une fois que j’ai fini la mienne, on se marie pour y vivre ». Mais, lui il a répondu : « On s’installe dans la sienne, et la mienne on la mettra en location », j’avais déjà des étoiles dans les yeux et il a ajouté : « Je ne comprends pas pourquoi on irait dépenser dans la location d’une maison pourtant chacun de nous en a une, sous prétexte qu’on cherche à conserver les normes ». C’était comme un frisson qui me traversait de la tête aux pieds en me provoquant une chair de poule sans pareil. C’était donc ça le coup de foudre !?

– Et après ?

– J’ai souri.

– Vous avez juste souri ?

– Je n’allais tout de même pas lui montrer tout le colossal intérêt que je lui portais à partir de cet instant.

– Naturellement ! [petit sourire]

– Nous avons parlé longtemps après ça, mais je ne voyais pas le temps passer. Sa voix était si bien à mon oreille, son niveau de langage était moyen et dépourvu de toute forme d’erreurs ; j’avais presque l’impression de rêver. Il me parlait de tout ce qu’il pouvait en ne manquant pas de mentionner et de souligner ses atouts de façon plus ou moins subtile : il me draguait, ne sachant pas que je l’avais déjà validé.

– Comme vous avez dit, vous validiez tout.

– [rires] Vous avez un peu d’eau ?

– Derrière vous, prenez une bouteille !

– Merci ! Je suis vraiment fatiguée aujourd’hui… il n’est pas possible de terminer la séance plus tôt ?

– Oh oui, bien sûr. Repassez me voir demain, 10h.

– Je serais là. A demain !

– Demain, 10h, madame Tchana. Au revoir !

Je sors de chez ma Psychologue, Madame Lisa Tankeu. J’aurais vraiment aimé trouver une moto, mais elles sont très rares à Bonapriso.












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